Le Singe de Hartlelpool ou l’absurdité du patriotisme

24 05 2013

Primé à la dernière sélection officielle du festival d’Angoulême, Le singe de Hartlepool se démarque du reste des bandes dessinées en compétition. Le dessin de Jérémy Moreau à l’encre et à l’aquarelle donne un caractère unique à cette BD. Quant au scénario proposé par Wilfrid Lupano, il s’inspire d’une légende anglaise selon laquelle les habitants d’un petit village britannique auraient pendu un singe qu’ils avaient pris pour un soldat français.

    Le singe de Hartlepool, Wilfrid Lupano - Jérémie Moreau     © Guy Delcourt Productions ­2012

Le singe de Hartlepool, Wilfrid Lupano – Jérémie Moreau
© Guy Delcourt Productions ­2012

A travers cette légende, l’auteur nous montre jusqu’où va l’absurdité au nom du patriotisme, la haine de l’autre. L’auteur nous rappel d’ailleurs dans son synopsis que

« c’est important les frontières, sinon on ne sait plus qui haïr. »

La haine, c’est justement ce qui va pousser les habitants de ce petit village reculé à juger avec empressement le seul rescapé d’un navire de la flotte napoléonienne qui s’est échoué en mer alors qu’ils n’ont jamais vu l’ombre d’un français. Pour eux, ce singe déguisé en costume de soldat napoléonien correspond fort bien à l’image qu’on leur a dépeinte du français ; un petit homme criant dans une langue incompréhensible et se comportant comme un sauvage. On suit donc tout au long des pages , la parodie de procès, on est dans un pays civilisé que diable, que l’on va octroyer à cet intrus.

Le dessin de la bande dessinée nous rend ce personnage de Nelson (comme l’amiral) sympathique. On constate combien, malgré ses « singeries », ce chimpanzé a un comportement profondément humain.Le lecteur ressent directement une profonde empathie envers ce personnage qui ne comprend pas ce qui lui arrive et voit pas pourquoi tout le monde le poursuit sans relâche.

En parallèle de cette histoire, on suit le destin de Philip, jeune mousse sur le même navire que Nelson le singe, qui fût jeté par dessus bord pour avoir chanté une comptine anglaise alors qu’il nettoyait le pont du navire. Il sera par l’ironie du sort le seul humain à s’en sortir vivant de la tempête au large des côtes et se retrouvera dans ce même village d’Hartlepool. A travers ces deux histoires, on constate qu’il n’y a pas un pays pour rattrapé l’autre et que les comportements patriotiques absurdes n’ont pas de frontières.

Ce petit garçon, symbole du métissage culturel, vit à une époque où ces deux pays sont en conflit ouvert et il n’est donc nul part chez lui.

Il se fait chasser du navire et les villageois trouvent que ce jeune garçon a un « drôle » d’accent ». C’est peut être le rare personnage humain dessiné de manière non caricaturale, contrairement aux autres on le voit parler sans crier constamment, sans gesticuler dans tout les sens. Sort du lot et représente l’un des rares personnage doué de bon sens dans cette bande dessinée.

La couverture de cette bande dessinée nous annonce d’entrée de jeu le destin cruel qui attend Nelson le singe, mort au nom de la stupidité. Cette bande dessinée émouvante et tragi-comique nous amène a réfléchir sur des conflits encore présents de nos jours entre différents peuples dans le monde.

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